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Trophallaxie : comment les abeilles partagent nourriture et messages

Trophallaxie chez les abeilles – partage de nourriture dans la ruche

Un lien vital de communication et de nourriture.

Dans le monde des insectes sociaux, la trophallaxie est un comportement qui se distingue par sa subtilité et son importance. Elle est observée non seulement chez les abeilles, mais également chez les fourmis et autres insectes vivant en colonie. Ce partage de nourriture va bien au-delà de la simple transmission de substances ; il constitue un échange complexe de signaux chimiques et un pilier de la vie sociale dans la ruche.

Trophallaxie : deux abeilles échangeant de la nourriture

En une phrase : la trophallaxie est l'échange de nourriture liquide, de bouche à bouche, entre deux abeilles de la même colonie. C'est l'un des gestes les plus fréquents dans une ruche.

Définition Échange de nourriture liquide de bouche à bouche entre deux individus d'une même colonie.
Ce qui circule Nectar, miel, eau, sécrétions des glandes, et avec eux des odeurs et des signaux chimiques.
Qui donne Surtout les butineuses qui rentrent et les abeilles au jabot plein.
Qui reçoit Les magasinières, les nourrices, les jeunes abeilles, les mâles et la reine.
Durée De quelques secondes à environ une minute par échange.

Origine et signification de la trophallaxie

Le terme « trophallaxie » dérive du grec « trophein » (nourrir) et « allassein » (échanger), illustrant parfaitement ce comportement de partage alimentaire. Chez les abeilles, cela se manifeste lorsque les ouvrières transfèrent du nectar, du miel ou d'autres substances, d'une abeille à l'autre. Ce processus commence lorsque l'abeille ouvrière, munie de deux estomacs, utilise son estomac secondaire dédié au stockage pour nourrir les autres membres de la colonie.

Plus qu'une transmission de nourriture

Outre la distribution de nourriture, la trophallaxie chez les abeilles est un moyen crucial de communication chimique. Les ouvrières partagent non seulement du nectar et du miel, mais également des informations essentielles à la santé et au bien-être de la colonie. Ce processus permet de transmettre des phéromones et d'autres composés chimiques, jouant un rôle clé dans la coordination des activités de la ruche et la transmission des informations sur l'état de la reine et sur les ressources environnantes. C'est notamment par ce canal que circule la phéromone royale : tant que les ouvrières la perçoivent, elles savent leur reine présente et féconde. Lorsque cette émission faiblit, la colonie prépare son remérage — le moment où l'apiculteur peut choisir d'introduire lui-même une reine Buckfast sélectionnée.

La trophallaxie et la gestion de la ruche

Le partage trophallactique est essentiel à la survie des abeilles qui restent à l'intérieur de la ruche, comme les mâles, les ouvrières non butineuses et les larves. Il assure non seulement leur approvisionnement en nourriture, mais facilite aussi la transformation du nectar en miel. Les ouvrières impliquées dans la fabrication du miel mélangent le nectar à leur salive, passant ensuite le mélange d'abeille en abeille, jusqu'à ce que le miel soit finalement produit. Tout le processus est détaillé dans notre article comment les abeilles font le miel.

Communication chimique et cohésion sociale

La trophallaxie est également un mécanisme clé de communication chimique au sein de la colonie. Les abeilles échangent des informations vitales pour la gestion de la colonie via des substances chimiques contenues dans la salive, influençant le comportement des autres individus. Ces échanges chimiques jouent un rôle crucial dans la régulation du comportement de la colonie, notamment dans les décisions collectives et la réponse aux menaces extérieures.

Indicateurs de santé et de stress

La fréquence et la nature de la trophallaxie peuvent être des indicateurs de l'état de stress ou de santé de la colonie. Des changements dans les schémas de trophallaxie peuvent signaler des problèmes tels que la présence de parasites, une nutrition inadéquate ou des déséquilibres chimiques. Une observation attentive de ces comportements permet aux apiculteurs d'intervenir de manière proactive pour maintenir la santé de la ruche. Lorsqu'une colonie ne se rétablit pas malgré ces interventions, la reconstitution du cheptel peut passer par l'introduction d'un essaim hiverné Buckfast au printemps suivant.

Comment se déroule un échange

Sur un cadre, l'échange est facile à observer si l'on prend le temps. Une abeille qui a faim tend sa langue vers les pièces buccales d'une sœur, ou la sollicite en lui tapotant la tête avec ses antennes. La donneuse écarte ses mandibules et fait remonter une goutte de son jabot. La receveuse l'aspire avec sa trompe. Pendant tout l'échange, les antennes des deux abeilles restent en contact.

L'échange peut aussi partir de la donneuse : une butineuse qui rentre chargée propose son nectar aux magasinières. Celle qui revient d'une bonne source distribue même des gouttes de nectar aux abeilles qui suivent sa danse : elles goûtent ce qu'elles vont aller chercher.

La trophallaxie diffuse l'odeur de la reine

La reine des abeilles produit une phéromone qui signale sa présence à toute la colonie. Les ouvrières de sa cour la lèchent et la palpent en permanence. Elles emportent cette phéromone sur leur corps et la transmettent ensuite par les contacts et les échanges de nourriture. En quelques heures, l'information atteint toute la ruche.

C'est pour cela qu'une colonie se rend compte très vite qu'elle a perdu sa reine : le signal ne circule plus. Le même mécanisme répartit l'odeur commune de la colonie, qui permet aux gardiennes de reconnaître leurs sœurs à l'entrée.

Le revers sanitaire : les maladies circulent aussi

Tout ce qui passe de bouche en bouche se répand vite. C'est une force pour nourrir la colonie, c'est aussi une faiblesse face aux maladies. Les spores de nosémose ou certains virus peuvent se transmettre par la nourriture partagée. Les nourrices distribuent aussi aux larves ce qu'elles ont reçu, et un miel contaminé peut contaminer le couvain.

Pour l'apiculteur, cela a des conséquences très concrètes :

  • Le nourrissement se répartit vite. Un sirop donné sur le dessus des cadres est redistribué dans la colonie en peu de temps.
  • Les traitements aussi. Certains médicaments autorisés agissent parce qu'ils se diffusent par les contacts entre abeilles. Ils doivent être appliqués strictement selon leur notice.
  • Le pillage propage les maladies. Une colonie qui pille le miel d'une ruche malade ramène le problème chez elle.
  • Pas de miel d'origine inconnue. Ne nourrissez jamais vos abeilles avec du miel acheté ou venant d'autres ruches.

Pour aller plus loin sur la prévention et les maladies : notre guide santé de l'abeille.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la trophallaxie ?

C'est l'échange de nourriture liquide de bouche à bouche entre deux membres d'une même colonie. Chez l'abeille, il s'agit surtout de nectar, de miel et de sécrétions, qui passent du jabot d'une abeille à la trompe d'une autre.

Pourquoi les abeilles se nourrissent-elles de bouche à bouche ?

Pour partager la nourriture avec celles qui ne sortent pas, transformer le nectar en miel et faire circuler l'information chimique de la colonie, notamment l'odeur de la reine.

La trophallaxie existe-t-elle chez d'autres animaux ?

Oui. On la retrouve chez les fourmis, les guêpes sociales et les termites. Chez tous ces insectes, elle participe à la cohésion de la colonie.

La trophallaxie transmet-elle les maladies ?

Oui, elle peut faciliter la circulation de certains agents pathogènes dans la colonie. C'est une raison de plus pour surveiller l'état sanitaire de ses ruches et éviter le pillage.

Pour replacer ce comportement dans l'organisation de la ruche, lisez notre article sur la vie des abeilles et leurs métiers.