Reines Buckfast expédiées le mardi en Colissimo · Essaims en retrait à Saint-Aubin-sur-Gaillon

L'essaimage des abeilles : pourquoi, quand et comment ça se passe

L'essaimage des abeilles, un phénomène naturel
Essaim d'abeilles en grappe après avoir quitté sa ruche

Nous pouvons observer chez les abeilles une organisation impressionnante et une vie sociale très évoluée. La colonie se développe entièrement par la ponte de la reine, en quelque sorte « mère pondeuse ». Un jour, cette colonie se scinde en deux : une grosse partie de la ruche s’en va avec l’ancienne reine, laissant l’autre s’occuper des nouvelles cellules royales : c’est l’essaimage.

L’essaimage des abeilles est le mode de reproduction naturel des colonies. Il se produit surtout d’avril à fin juin, quand la colonie est populeuse et que les ressources abondent. Pourquoi ce phénomène se produit-il ? Comment se déroule-t-il ? Comment réagir face à un essaim ? C’est ce que nous allons voir.

Qu’est-ce que l’essaimage ?

Essaimer, c’est le modèle naturel de reproduction des colonies : la reine, accompagnée d’une grande partie des ouvrières (l’essaim), quitte la ruche pour reconstruire un nouvel habitat ailleurs. C’est un processus bénéfique qui permet la régénération et la multiplication des colonies. La ruche d’origine, elle, continue de vivre avec une nouvelle reine issue des cellules royales.

Le problème ?

Pour l’apiculteur, un essaim parti, c’est la moitié de la population en moins au cœur de la saison. Et après plusieurs essaimages successifs, il risque de retrouver sa ruche avec seulement une toute petite quantité d’abeilles, plus occupées à s’occuper de leur couvain qu’à fabriquer du miel...

Le rôle des phéromones de la reine

La reine émet en permanence un mélange de phéromones, produit surtout par ses glandes mandibulaires. Le composant le plus connu est l’acide 9-oxo-2-décénoïque, qui sert aussi à attirer les faux-bourdons lors du vol nuptial. Ce « parfum de reine » circule dans toute la colonie, de bouche en bouche et par contact. Il signale sa présence et sa bonne santé, et freine l’élevage de nouvelles reines.

Pour diverses raisons que nous développerons ci-dessous, il arrive que ce signal soit moins bien perçu par les ouvrières : la colonie est trop peuplée, trop à l’étroit, ou la reine vieillit. Les abeilles sont alors prises de « la fièvre d’essaimage ».

Comment se déroule l’essaimage, étape par étape

1. La construction des cellules royales

Les ouvrières commencent par construire des cupules, puis la reine y pond. On les retrouve le plus souvent en bordure et en bas des cadres, pendantes à la verticale : ce sont les cellules d’essaimage, souvent nombreuses (une dizaine ou plus), contrairement aux quelques cellules de supersédure construites au milieu du cadre quand la colonie remplace simplement sa reine.

Les ouvrières nourrissent les larves royales de gelée royale en abondance, puis operculent la cellule. Pendant ce temps, elles nourrissent moins la « vieille » reine et la bousculent : sa ponte ralentit, son abdomen s’affine et elle redevient capable de voler.

  • J0 à J3La reine pond dans les cupules ; l’œuf éclot au bout de 3 jours.
  • Vers J8Les premières cellules royales sont operculées : l’essaim primaire part en général à ce moment, par une belle journée.
  • Vers J16Les jeunes reines naissent : la première peut repartir avec un essaim secondaire ou éliminer ses rivales.

2. Le départ de l’ancienne reine : l’essaim primaire

L’essaim primaire part le plus souvent peu après l’operculation des premières cellules royales, sans attendre la naissance des jeunes reines. Avant de partir, les abeilles se gorgent de miel pour emporter des réserves. Puis, en quelques minutes, l’ancienne reine sort avec environ la moitié des abeilles, d’où cet impressionnant nuage d’insectes volants que l’on peut voir parfois se poser dans les jardins !

L’essaim se pose d’abord en grappe sur un support proche du rucher : une branche, un poteau, une haie. Pendant ce temps, les éclaireuses cherchent un abri définitif (cavité d’arbre, cheminée, ruche vide) et le « présentent » aux autres par la danse. Quand elles se sont mises d’accord, la grappe s’envole vers son nouvel habitat.

3. Les essaims secondaires

Dans la ruche d’origine, une semaine environ après le départ de l’essaim primaire, la première jeune reine naît. On entend parfois les reines « chanter » : celle qui est née et celles encore enfermées dans leur cellule se répondent par des sons aigus. Si la colonie est encore forte, la jeune reine peut partir à son tour avec un essaim secondaire, plus petit, puis parfois un troisième. C’est ce qui épuise une ruche. Sinon, elle tue ses rivales dans leurs cellules, part se faire féconder et reprend la ponte. Pour mieux comprendre ce qui se joue, voir notre article sur la reine des abeilles.

À quelle période l’essaimage se produit-il ?

La période la plus forte se situe au printemps entre avril et fin juin, au moment de l’année où l’élevage du couvain est le plus intense. À partir du solstice d’été (21 juin), cette fièvre de l’essaimage se calme. Chez les abeilles, les conditions météorologiques sont décisives : il faut partir assez tôt pour que la nouvelle colonie ait le temps de s’installer et d’accumuler des provisions pour l’hiver.

L’essaim choisit donc une journée bien ensoleillée pour quitter la ruche, généralement entre 11 heures et 15 heures. Il peut rester de quelques heures à quelques jours en grappe avant de trouver l’endroit propice. Ce phénomène peut aussi se produire au début de l’été, si le climat est favorable et que la nourriture est disponible. En effet, le groupe doit rapidement trouver un lieu où s’installer ainsi que du nectar pour ne pas mourir de faim. Pour situer l’essaimage dans l’année de la ruche, voir notre calendrier apicole.

Quelles sont les causes d’un essaimage ?

C’est un besoin naturel afin de perpétuer l’espèce. Cependant, plusieurs facteurs peuvent accélérer le processus.

L’environnement

Le manque d’espace incite les abeilles à se diviser. Lorsque les ressources sont très abondantes, l’excès de nectar et de pollen prend beaucoup de place dans la ruche et la reine n’a plus où pondre. C’est souvent le cas pendant la miellée de printemps, avec le colza en particulier en Normandie. La différence est flagrante entre un rucher qui a accès aux champs de colza et les autres.

Après plusieurs jours de pluie d’affilée, les bataillons de butineuses ne pouvant sortir, les abeilles se sentent à l’étroit dans leur habitat.

Les pratiques apicoles

Si l’apiculteur n’ajoute pas de hausses à ses ruches, elles deviennent rapidement trop petites : les abeilles sont collées les unes contre les autres, les phéromones circulent très mal et les abeilles manquent de place.

Lorsqu’il fait très chaud à l’intérieur de la ruche, soit à cause d’une chaleur extérieure excessive, soit à cause d’une mauvaise ventilation, les phéromones là encore sont mal réparties et le même phénomène se produit.

La génétique et l’âge de la reine

Certaines abeilles produisent plus de miel, d’autres essaiment plus. La propension à l’essaimage varie beaucoup d’une souche à l’autre : c’est d’ailleurs un des caractères sur lesquels travaille la sélection de l’abeille Buckfast.

Lorsque la reine vieillit, il est fréquent qu’elle émette des phéromones moins puissantes. Ce signal affaibli incite les ouvrières à élever de nouvelles reines. Une colonie menée par une reine âgée essaime nettement plus souvent qu’une colonie avec une jeune reine.

Cadre de ruche couvert d'abeilles au printemps, période de l'essaimage

Peut-on éviter l’essaimage ?

On ne supprime jamais totalement l’envie d’essaimer d’une colonie, mais on peut fortement la réduire. Tout se joue en avance : une colonie qui a déjà des cellules royales operculées est presque toujours décidée à partir. L’idée est donc d’agir avant la fièvre d’essaimage, dès le début du printemps, en surveillant les colonies les plus fortes.

Concrètement, les apiculteurs combinent quatre leviers :

  • Donner de la place à temps : agrandir, poser les hausses et faire bâtir de la cire avant que la ruche ne déborde.
  • Avoir de jeunes reines : une reine de l’année essaime beaucoup moins qu’une reine âgée ; nos reines Buckfast fécondées se réservent avant la saison.
  • Diviser les colonies fortes : faire un essaim artificiel avant que l’essaim naturel ne parte.
  • Visiter régulièrement au printemps : repérer les cupules occupées et les cellules royales pour réagir avant l’operculation.

Que faire si j’ai un essaim dans mon jardin ?

Au printemps, les essaims se multiplient et peuvent se poser dans un arbre, une haie, sous un toit ou contre un mur : cela peut sembler très effrayant pour des personnes non initiées. Rassurez-vous : un essaim en grappe est généralement peu agressif. Les abeilles sont gorgées de miel et n’ont ni couvain ni réserves à défendre. Très souvent, il sera reparti dans les heures ou les jours qui suivent : cet arrêt provisoire permet aux éclaireuses de chercher l’abri où la nouvelle colonie s’installera définitivement.

  • Ne le détruisez pas. Les abeilles sont déjà menacées par les pesticides et la perte de fleurs : pas d’insecticide, pas d’eau, pas d’extincteur.
  • Gardez vos distances. Éloignez les enfants et les animaux, ne touchez pas la grappe et ne tentez pas de la déplacer vous-même.
  • Prenez une photo. Elle permet à l’apiculteur de vérifier qu’il s’agit bien d’abeilles (et pas de guêpes ou de frelons) et de juger de l’accès.
  • Contactez vite un apiculteur. Un essaim récupéré le jour même est beaucoup plus facile à capturer.

La meilleure solution est de faire appel à un apiculteur. De nombreux apiculteurs amateurs se feront un plaisir de venir chercher cet essaim afin d’agrandir leur propre rucher et de préserver la nouvelle colonie. Pour en trouver un, renseignez-vous auprès de votre mairie, qui tient souvent une liste de contacts, ou d’une association ou d’un syndicat apicole local.

Dans l’Eure, vous pouvez contacter le coordinateur départemental du syndicat d’apiculture de l’Eure au 07 68 94 21 00, qui vous redirigera vers un apiculteur proche de chez vous. Si vous êtes près de Gaillon, vous pouvez aussi nous appeler directement au 06 46 35 22 05.

En revanche, si l’essaim s’est installé dans une cheminée, un mur ou une toiture et commence à bâtir des rayons, la récupération devient délicate. Les abeilles défendront leur nouvelle installation. Pour ces cas, comme pour les nids de guêpes ou de frelon asiatique, il est préférable de contacter une entreprise spécialisée.

Récupérer un essaim sauvage reste toutefois une loterie : son origine, son tempérament et son état sanitaire sont inconnus. C’est toute la différence avec un essaim Buckfast issu d’une souche sélectionnée.

Questions fréquentes

Un essaim d’abeilles est-il dangereux ?

Rarement. Un essaim en grappe n’a ni couvain ni réserves à défendre, et les abeilles sont gorgées de miel. Il faut simplement garder ses distances et ne pas le provoquer.

Combien de temps un essaim reste-t-il posé ?

De quelques heures à quelques jours, le temps que les éclaireuses trouvent un abri définitif. S’il commence à construire des rayons, il s’installe : il faut alors faire appel à un apiculteur ou à un professionnel.

Une ruche qui a essaimé est-elle perdue ?

Non. Elle garde des cellules royales et élève une nouvelle reine. Elle est en revanche affaiblie pour la saison, surtout si elle donne aussi des essaims secondaires.

Le guide complet : Essaims et colonies.