Élever ses propres reines, c’est reprendre la main sur la génétique de son rucher : remplacer les reines fatiguées, multiplier ses meilleures colonies et ne plus dépendre du hasard de l’essaimage. La technique n’a rien de réservé aux professionnels. Elle demande surtout de la rigueur sur les dates et des colonies bien préparées.
Ce guide reprend la méthode que nous appliquons chaque saison dans nos ruchers de l’Eure, de la colonie souche jusqu’à la reine en ponte. Chaque étape renvoie vers un article détaillé, et le parcours de lecture en bas de page les reprend dans l’ordre.
Pourquoi élever ses propres reines ?
Cellules royales operculées
Les bénéfices
Une reine jeune, c’est une colonie qui produit
Renouveler ses reines tous les un à deux ans, avant qu’elles ne faiblissent. Voir aussi la reine des abeilles.
Multiplier ses meilleures colonies : douceur, production, faible essaimage.
Créer des essaims au bon moment de la saison, sans attendre une reine de sauveté (voir créer un essaim artificiel).
Réduire l’essaimage : une colonie menée par une jeune reine essaime moins.
Garder des reines de réserve en nucléi pour remplacer une colonie orpheline.
Ce qu’il faut avant de commencer
Un élevage réussi repose sur trois colonies bien choisies et un peu de matériel.
Une colonie souche : celle dont on veut multiplier les qualités. C’est elle qui fournit les jeunes larves. Une reine inséminée au pedigree connu fait une excellente souche.
Une colonie éleveuse (starter puis finisseur) : très populeuse, riche en jeunes nourrices, bien nourrie. C’est elle qui transforme les larves en reines.
Des nucléis de fécondation : petites colonies qui accueillent les cellules, puis les jeunes reines jusqu’à leur ponte.
Le matériel : cupules, barrettes et cadre porte-barrettes, outil de greffage (le picking chinois est le plus répandu), une lampe et une loupe, des cagettes et un marqueur de reine.
Les quatre grandes étapes
PréparerNourrir la souche et l’éleveuse, obtenir des larves du même âge.
GrefferTransférer des larves de moins de 24 h dans les cupules.
FinirLaisser l’éleveuse nourrir et operculer les cellules.
Faire féconderPlacer les cellules mûres en nucléis, puis contrôler la ponte.
Le calendrier d’un élevage, jour par jour
Tout se compte à partir du jour du greffage (J0). La reine naît environ 16 jours après la ponte de l’œuf : avec une larve greffée à un jour, la naissance tombe donc vers J+11 ou J+12. Les cellules doivent être réparties avant, sinon la première reine née détruit les autres.
Jour
Ce qu’on fait
J-7
Nourrir la colonie souche et la future éleveuse au sirop léger pour stimuler la ponte et les nourrices.
J-4
Placer un cadre vide bâti au centre de la souche (ou y bloquer la reine) pour obtenir des larves de même âge.
J-1
Préparer le starter : colonie orpheline très peuplée en jeunes abeilles, bien nourrie.
J0
Greffage de larves de moins de 24 h, à peine plus grosses qu’un œuf, puis cadre porte-barrettes dans le starter.
J+1
Contrôle de l’acceptation, puis passage du cadre dans le finisseur (au-dessus d’une grille à reine).
J+5
Les cellules sont operculées. On ne les manipule plus jusqu’à J+10.
J+10
Répartition des cellules mûres dans les nucléis de fécondation, une par nucléi.
J+11 à J+12
Naissance des reines.
J+16 à J+22
Vols de fécondation, si la météo le permet.
J+21 à J+28
Début de ponte : contrôle, marquage, puis introduction ou vente.
Le point le plus délicat est la fenêtre entre J+5 et J+9 : une cellule secouée ou refroidie à ce moment donne une reine abîmée, voire morte. C’est pour cette raison que nos cellules royales sont livrées proches de l’émergence. Pour les placer, voyez introduire une cellule royale.
La colonie éleveuse : starter et finisseur
Le starter est une colonie orpheline, très dense en jeunes nourrices, qui « démarre » les cellules pendant les premières 24 heures. Le finisseur est une colonie avec reine, séparée du cadre d’élevage par une grille, qui nourrit les larves jusqu’à l’operculation. Certains apiculteurs utilisent une seule colonie qui joue les deux rôles.
Dans les deux cas, trois règles comptent plus que tout : beaucoup de jeunes abeilles, du pollen frais et du sirop en continu, et pas plus de cellules que la colonie ne peut nourrir. Une éleveuse surchargée donne des reines petites, qui seront remplacées dans l’année. Le montage pas à pas : ruche starter-finisseur.
La fécondation : la moitié de la génétique
Les mâles
Une reine se féconde avec 10 à 20 mâles
La jeune reine s’accouple en vol avec des mâles venus de plusieurs kilomètres à la ronde. Sans contrôle, la moitié de la génétique de ses filles dépend donc des ruchers voisins. C’est pour cela que nous fécondons nos reines dans une zone saturée en mâles de nos lignées, le long de la Seine (voir saturation en mâles), et que nous proposons des reines déjà fécondées pour ceux qui veulent une génétique maîtrisée des deux côtés.
Une génétique sélectionnée par un apiculteur, pour des apiculteurs.Samuel Fedorawiez, éleveur à Saint-Aubin-sur-Gaillon
Marquer ses reines : le code couleur
Le marquage permet de retrouver la reine d’un coup d’œil et de connaître son âge. La couleur dépend du dernier chiffre de l’année de naissance. La technique est détaillée dans marquage des reines.
Année finissant par 1 ou 6
Blanc (2026, 2031)
Année finissant par 2 ou 7
Jaune (2027, 2032)
Année finissant par 3 ou 8
Rouge (2028, 2033)
Année finissant par 4 ou 9
Vert (2029, 2034)
Année finissant par 5 ou 0
Bleu (2030, 2035)
Les erreurs les plus fréquentes
Greffer des larves trop âgées : au-delà de 24 à 36 heures, on obtient des reines plus petites, moins bien nourries.
Une éleveuse trop faible ou mal nourrie : peu de cellules acceptées, cellules maigres.
Manipuler les cellules entre J+5 et J+9, ou les laisser au froid.
Répartir les cellules trop tard : la première reine née détruit toutes les autres.
Oublier une cellule naturelle dans le nucléi : la colonie élève sa propre reine.
Ouvrir les nucléis pendant les vols de fécondation : on risque de perdre la reine.
Élever demande du temps, des colonies fortes et une météo favorable. Selon votre projet, vous pouvez aussi partir d’une étape déjà faite. Pour bien choisir votre fournisseur, lisez comment choisir un éleveur de reines Buckfast.
Sans greffer
Cellules royales
Nous faisons le greffage et la finition : vous placez la cellule dans votre nucléi.
Dès que les colonies sont fortes, que le pollen rentre et que les premiers mâles volent : en Normandie, en général à partir de fin avril ou début mai, jusqu’en juillet.
Quel âge doivent avoir les larves à greffer ?
Moins de 24 heures : elles sont à peine plus grosses qu’un œuf et baignent dans la gelée royale. Plus la larve est jeune, mieux la future reine est nourrie.
Combien de cellules mettre dans une colonie éleveuse ?
Cela dépend de sa force. Il vaut mieux moins de cellules bien nourries que beaucoup de cellules maigres. Commencez avec une seule barrette.
Peut-on élever des reines sans greffer ?
Oui : en laissant une colonie orpheline élever sa reine, ou en achetant des cellules royales déjà élevées. Le greffage permet surtout de produire plusieurs reines d’une même souche.
Quand la jeune reine commence-t-elle à pondre ?
En général 10 à 15 jours après sa naissance, si la météo permet les vols de fécondation. Comptez 3 à 4 semaines entre le greffage et la ponte.
Besoin d’une souche ou de reines prêtes ?
Reines fécondées, inséminées, vierges et cellules royales Buckfast, de mai à septembre.