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Varroa destructor : cycle, symptômes et dégâts sur les abeilles

Le varroa : l'ennemi n°1 des abeilles

Les abeilles, pilier de la biodiversité et artisans de la production de miel, font face à une multitude de menaces. Parmi elles, le varroa (Varroa destructor), un acarien parasite, est le plus redoutable adversaire des abeilles et des apiculteurs. Il se reproduit dans le couvain, affaiblit les abeilles et leur transmet des virus. Sans surveillance ni lutte, une colonie infestée finit le plus souvent par s’effondrer en deux à trois ans.

Dans cet article, on se concentre sur le parasite lui-même : comment le reconnaître, comment il se reproduit, quels symptômes il provoque et quels dégâts il cause. Vous comprendrez pourquoi le varroa est considéré comme l’ennemi principal des abeilles.

Varroa destructor, acarien brun-rouge parasite de l'abeille

Comprendre le varroa : identification et cycle de vie

Qu’est-ce qu’un varroa ?

Le varroa est un acarien parasite des abeilles. Deux espèces sont souvent citées : Varroa jacobsoni, qui parasite l’abeille asiatique (Apis cerana), et Varroa destructor, qui est passé de l’abeille asiatique à l’abeille domestique des races européennes (Apis mellifera). C’est lui qui représente une menace considérable pour nos ruchers. Il a été détecté en France pour la première fois en 1982, dans le Bas-Rhin, et il est aujourd’hui présent dans pratiquement toutes les colonies. Le nom « varroa » vient de Marcus Terentius Varro, un érudit et apiculteur de l’Antiquité romaine.

Reconnaître le varroa

La femelle varroa, celle que l’on voit, a une forme aplatie et ovale, de couleur brun-rougeâtre. Elle mesure environ 1,1 mm de long pour 1,6 mm de large : elle est plus large que longue, ce qui la rend visible à l’œil nu. Cependant, elle tend à se cacher entre les segments abdominaux des abeilles, si bien qu’on en voit peu sur les abeilles adultes, même dans une colonie très infestée. Le mâle, plus petit et pâle, ne quitte jamais la cellule où il est né.

Schéma montrant où se cachent les varroas sur le corps de l'abeille
Où se trouvent principalement les varroas sur l’abeille

Le cycle de vie du varroa

Le cycle de vie du varroa comprend une phase phorétique (dite aussi de dispersion), durant laquelle la femelle s’accroche aux abeilles adultes et se nourrit sur elles, et une phase reproductrice qui se déroule dans le couvain operculé.

  • L’entrée dans la cellule. La femelle se glisse dans une cellule de couvain juste avant son operculation et se cache dans la nourriture larvaire, sous la larve.
  • La ponte. Après l’operculation, elle pond un premier œuf qui donnera un mâle, puis plusieurs œufs femelles à intervalles réguliers.
  • L’accouplement. Les jeunes femelles s’accouplent avec leur frère dans la cellule, en se nourrissant sur la nymphe d’abeille.
  • La sortie. À la naissance de l’abeille, la mère et les jeunes femelles fécondées sortent avec elle et repartent sur d’autres abeilles.

Le couvain de mâles, operculé plus longtemps que celui d’ouvrières, est nettement préféré par le varroa : il y laisse davantage de descendantes. C’est pourquoi la population de varroas explose au printemps et en été, quand la colonie élève beaucoup de couvain, et peut doubler en un mois environ en pleine saison.

Le varroa se nourrit principalement du corps gras (tissus adipeux) des abeilles, et pas seulement de l’hémolymphe (le sang des abeilles) comme on l’a longtemps cru. Or le corps gras joue un rôle clé dans l’immunité, la détoxification et la longévité de l’abeille.

Symptômes d’une infestation

Les symptômes varient selon l’ampleur de l’infestation, la saison et la présence de virus. Au début, on ne voit rien : c’est tout le piège. Quand les signes apparaissent, l’infestation est déjà forte :

  • réduction de la population et de l’activité de la colonie ;
  • abeilles avec des ailes déformées ou atrophiées, abdomen raccourci ;
  • couvain en mosaïque, larves et nymphes mortes, cellules désoperculées ou perforées ;
  • varroas visibles sur les abeilles, sur les nymphes de mâles ou sur le lange du plateau ;
  • diminution de la production de miel et mortalité accrue.

Le seul moyen fiable de connaître le niveau d’infestation reste le comptage : chute naturelle sur un lange graissé sous plateau grillagé, ou comptage des varroas sur un échantillon d’abeilles adultes.

Les conséquences du varroa sur les abeilles

Effets sur la santé des abeilles

En se nourrissant des tissus adipeux, le varroa cause des blessures et entraîne des conséquences graves : perte de poids, carences nutritionnelles et affaiblissement du système immunitaire. Ce parasite affecte également le comportement des abeilles : une abeille parasitée pendant son développement vit moins longtemps et s’oriente moins bien. Ainsi, les abeilles affaiblies par le varroa sont plus susceptibles de succomber aux maladies, aux prédateurs, aux pesticides ou encore aux conditions climatiques défavorables.

Varroa se nourrissant des tissus adipeux de l'abeille
Travaux du Dr Samuel Ramsey sur le Varroa destructor

Les virus transmis par le varroa

Le plus grave n’est pas toujours la piqûre elle-même, mais les virus que le varroa injecte en se nourrissant. Il agit comme une seringue d’une abeille à l’autre et favorise leur multiplication.

  • Le virus des ailes déformées (DWV) : le plus connu. Les abeilles naissent avec des ailes froissées, ne volent pas et meurent vite.
  • Les virus de paralysie (aiguë notamment) : abeilles tremblantes, incapables de voler, qui meurent en quelques jours.
  • D’autres virus présents à bas bruit dans les colonies deviennent dangereux quand le varroa les fait circuler.

C’est cette association varroa et virus que l’on appelle la varroose : à partir d’un certain niveau d’infestation, la colonie décline très vite.

Répercussions à long terme sur les colonies

Les effets du varroa sur les colonies sont particulièrement dévastateurs sur le long terme. En ciblant les larves et les nymphes, il empêche le renouvellement normal de la population. Le moment le plus critique est la fin de l’été : la population d’abeilles diminue alors que celle des varroas atteint son maximum. Les abeilles d’hiver, qui doivent vivre plusieurs mois, naissent parasitées et affaiblies. La colonie se dépeuple pendant l’hiver, perd parfois sa reine, se fait piller ou s’effondre avant le printemps. Le varroa et les virus qu’il transmet sont aujourd’hui considérés comme l’une des principales causes de mortalité des colonies dans le monde.

Impact sur la production de miel et la pollinisation

Le varroa porte également atteinte à la production de miel et à la pollinisation. En affaiblissant les ouvrières, il réduit leur capacité à butiner et à produire du miel. Les pertes de colonies entraînent une baisse de la production et une perte de revenus pour les apiculteurs. La pollinisation, service écologique vital pour la reproduction des plantes et la production alimentaire, est aussi affectée.

Graphique de l'impact du varroa sur la production de miel
Graphique très intéressant de l’ADANA sur l’impact du varroa sur la production de miel

Comment lutter contre le varroa

La lutte commence par la surveillance : compter régulièrement les varroas, au printemps, avant et après les traitements, permet de savoir où en est chaque rucher. Le schéma de base repose ensuite sur deux traitements par an avec des médicaments vétérinaires disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) : un traitement d’été, juste après la dernière récolte, pour protéger les abeilles d’hiver, et un traitement d’hiver, quand la colonie n’a plus de couvain. Les produits s’utilisent strictement selon leur notice, avec les équipements de protection prévus, et en alternant les molécules. Le GDS, la section apicole de votre département ou votre vétérinaire vous aideront à bâtir votre plan. L’ITSAP propose aussi un dossier utile : comment surveiller les niveaux d’infestation de ses ruchers.

Les médicaments ne suffisent pas toujours seuls. La lutte biotechnique les complète : retrait du couvain de mâles, ou création d’une absence de couvain par division ou encagement de la reine, ce qui rend le traitement bien plus efficace. Cette rupture de ponte est souvent l’occasion du remérage avec une reine fécondée de l’année. Enfin, la sélection d’abeilles plus tolérantes, capables de détecter et d’éliminer elles-mêmes le couvain parasité, est une voie d’avenir : c’est le comportement hygiénique, l’un des critères retenus dans la sélection de nos reines Buckfast. Pour aller plus loin, voir notre guide sur la santé des abeilles.

Questions fréquentes

Peut-on voir le varroa à l’œil nu ?

Oui. La femelle, brun-rouge et plus large que longue, mesure environ 1,6 mm de large. Mais elle se cache entre les segments de l’abdomen et dans le couvain operculé : on en voit peu sur les abeilles, même quand l’infestation est forte.

Le varroa peut-il piquer l’homme ?

Non. Le varroa est un parasite spécifique des abeilles. Il ne s’attaque ni à l’homme ni aux animaux domestiques, et il n’affecte pas la qualité du miel.

Une colonie peut-elle survivre sans traitement contre le varroa ?

Dans la très grande majorité des cas, non : sans surveillance ni lutte, la colonie s’effondre en général en deux à trois ans. Seules certaines colonies sélectionnées pour leur tolérance résistent mieux, et elles doivent quand même être suivies.

Conclusion

Le varroa représente la principale menace pour les abeilles, compromettant leur santé, leur survie, leur capacité à produire du miel et leur rôle dans la pollinisation. Bien connaître son cycle et ses symptômes, c’est savoir quand le chercher et quand agir. Surveillance des colonies, traitements autorisés et sélection : nous devons tout mettre en œuvre. Ne pas traiter, c’est la mort assurée de nos colonies à moyen terme.

Le guide complet : Santé de l’abeille.