Essaim artificiel : 4 méthodes pour créer ses essaims


Que vous soyez un apiculteur débutant ou professionnel, être autonome dans la création des essaims artificiels est un atout indéniable qui ne représente pas de difficultés majeures.
Il vous permettra d’être autonome dans le renouvellement de votre cheptel, son développement et vous fera économiser quelques euros. C’est aussi une bonne pratique en début de saison pour éviter l’essaimage naturel.
C’est donc pour moi, une des techniques à maîtriser absolument en apiculture.
Un essaim artificiel reproduit, sous votre contrôle, ce que fait la colonie quand elle se divise d’elle-même. Pour comprendre ce mécanisme et ses signes avant-coureurs, voyez notre article sur l’essaimage des abeilles.
Cela dit, tout le monde ne dispose pas du cheptel de départ nécessaire : quand on démarre, ou qu’on a perdu des colonies pendant l’hiver, partir d’un essaim Buckfast hiverné fait gagner une saison entière.
Il existe plusieurs façons de procéder pour réaliser un essaim artificiel à partir :
- de couvain ouvert
- de cellule royale fermée
- d’une reine vierge
- d’une reine fécondée
J’utilise principalement les cellules royales de 3 jours en début de saison pour les tout premiers essaims et les reines abeilles fécondées jusqu’en juillet pour des raisons d’efficacité et de rapidité.
Je vous propose de passer en revue les avantages et inconvénients de chaque méthode et de détailler la création.
Les 4 méthodes en un coup d’œil
| Méthode | Ce qu’il faut | Délai avant la ponte | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Couvain ouvert | Un cadre avec des œufs et de très jeunes larves | Le plus long | Il faut des mâles en vol pour la fécondation |
| Cellule royale | Une cellule operculée, proche de l’éclosion | Quelques jours de gagnés | Manipuler la cellule sans la secouer ni la refroidir |
| Reine vierge | Une reine tout juste née | Plus court encore | Acceptation plus délicate, fécondation à réussir |
| Reine fécondée | Une reine déjà en ponte | Le plus rapide | Vérifier qu’aucune reine ni cellule n’est présente |
Introduction d’un cadre de couvain ouvert
L’avantage de cette solution est l’autonomie totale à partir du moment où vous avez des cadres de couvain. C’est pour cette raison que nous conseillons de débuter l’apiculture avec un minimum 3 à 6 ruches. Cela permet de créer de nouvelles colonies à partir de celles qui vous restent. Une autre solution, c’est de demander à un ami apiculteur un ou deux cadres de couvain.
Le taux d’acceptation par la colonie orpheline sera pour ainsi dire le meilleur qu’il soit, sachant qu’elles repartiront de zéro à partir d’une très jeune larve.
L’inconvénient, c’est qu’il s’agit de la procédure la plus longue ~33 jours entre le prélèvement du cadre de couvain et la présence de couvain fermé.
En début de saison lorsque l’on n'a pas de reine fécondée cette technique est très intéressante. Cela permet de réaliser tôt en saison des essaims artificiellement.
Introduction d’une cellule royale J+3 et J+10
Tout comme la procédure précédente, vous pourrez repartir à partir d’une seconde ruche de manière naturelle (prélèvement d’une cellule royale ou d’un cadre avec une cellule royale) ou, si vous maîtrisez l’élevage, réaliser vos propres cellules de J+3. Il est aussi possible de se procurer des cellules royales de J+10 auprès de professionnels.
L’avantage dans ce cas, c’est que la souche et ses caractéristiques sont connues, ou de la race d’abeille souhaitée.
Vous gagnerez quelques jours (entre 3 et 10 jours) par rapport à la procédure précédente.
Pour poser la cellule au bon endroit et au bon moment, suivez notre méthode pour introduire une cellule royale.
Introduction d’une reine vierge
Concernant les reines vierges, à moins d’en récupérer une au moment de son émergence sur l’une de vos ruches (ce qui arrive parfois, mais rarement), il vous faudra soit maîtriser l’élevage, soit vous procurer une reine abeille vierge chez un collègue.
L’introduction sera plus délicate sachant que les phéromones des reines vierges ne sont pas encore suffisamment développées : la moindre odeur extérieure peut venir compromettre l’acceptation de la reine par la colonie receveuse.
Vous gagnerez 13 jours.
Introduction d’une reine fécondée
Comment créer un essaim artificiel avec une reine fécondée ?
Point important, le pourcentage de réussite varie en fonction de nombreux paramètres :
- l’environnement floral de votre rucher,
- la période choisie,
- le climat de votre région,
- la race des abeilles que vous avez,
- et votre expérience.
Personnellement, j’utilise cette pratique sur l’exploitation en début de saison pour créer les essaims de l’année et gérer l’essaimage, mais également en fin de saison pour hiverner les ruches de production sur 6 à 7 cadres.
Cette technique peut être bien entendu utilisée durant toute la saison mais les taux de réussite sont plus importants en fin de saison.
Au bout d’un mois, un mois et demi, vous aurez une ruchette très populeuse selon les conditions environnementales… rien n’est jamais acquis en apiculture.
Étape 1 : préparation de la ruchette/ruche receveuse
24 à 72 heures avant l’introduction de la reine fécondée, prélever :
- 2 cadres de couvain fermé
- 1 cadre de cire bâtie (si vous en avez)
- 1 cadre de nourriture dans une ruche forte
- 2 cadres de cire gaufrée
Point très important : lorsque vous prélevez vos cadres, vérifiez que vous ne prélevez pas la reine avec.
Il est tout à fait possible de ne prendre qu’un seul cadre de couvain mais le développement de votre essaim en cas de mauvais temps sera plus difficile. Personnellement, j’ai utilisé cette option plusieurs années avant de revenir à 2 cadres de couvain. Les résultats sont bien meilleurs.
Étape 2 : éloigner la ruchette/ruche ou l’enfermer dans une cave
Une fois constituée, la ruchette/ruche doit être éloignée à plus de 3 kilomètres de votre rucher, ou enfermée pendant 72 heures dans une cave au frais.
Étape 3 : vérifier la présence d’une reine
Avant d’introduire la cagette avec la reine fécondée, il est préférable de vérifier le comportement des abeilles vis-à-vis de la nouvelle reine.
Pour cela, laissez la cagette avec la reine fécondée sur le dessus des cadres et retournez le nourrisseur pendant 5 à 10 minutes.
Après ce laps de temps, si la cagette est recouverte d’abeilles calmes qui nourrissent la reine, c’est bon signe : il n’y a pas de reine vierge ou de reine fécondée dans la ruchette receveuse. En revanche, si les abeilles s’agrippent en boule sur la cagette et mordillent le grillage, c’est un signe de rejet : on attend avant d’introduire la reine.
Étape 4 : introduire la reine fécondée
- Retirer la languette de protection de la cagette
- Vérifier la dureté du candi ; s’il est trop dur, le changer
- Glisser la cagette entre les 2 cadres de couvain
- Nourrir avec 1 litre de sirop dilué avec 50 % d’eau
Il ne reste plus qu’à laisser les abeilles libérer la reine. N’intervenez pas avant 7 jours pour vérifier la ponte de la reine.
Étape 5 : suivi de votre nouvelle colonie
Les soins à apporter à votre nouvel essaim sont importants pour son développement et sa qualité. Vérifiez régulièrement le développement de votre colonie : au bout d’un mois, un mois et demi, celle-ci devrait couvrir l’ensemble des cadres et commencer à produire du miel.
Les premières semaines, un essaim artificiel compte peu de butineuses. Surveillez ses réserves et, s’il le faut, apportez du sirop : notre article sur comment nourrir un essaim détaille quand et comment le faire.
Questions fréquentes
Quand faire un essaim artificiel ?
Au printemps, quand les colonies sont fortes, que le temps est doux et stable et que les mâles volent. En Normandie, c’est en général à partir de fin avril ou mai, selon l’année. Avec une reine fécondée, on peut en faire jusqu’en juillet environ ; avec du couvain ouvert ou une cellule royale, il faut que la future reine trouve des mâles pour être fécondée.
Combien de cadres pour faire un essaim artificiel ?
Dans une ruchette : deux cadres de couvain fermé bien couverts d’abeilles, un cadre de nourriture, et le reste en cire bâtie ou gaufrée. Un seul cadre de couvain peut suffire, mais l’essaim démarre alors plus lentement et supporte moins bien une période de mauvais temps.
Faut-il nourrir un essaim artificiel ?
Oui, le plus souvent. L’essaim a peu de butineuses et doit bâtir ses cires. Un sirop léger (moitié sucre, moitié eau) à l’introduction, puis en petites quantités tant qu’il n’y a pas de miellée. Sans excès : un essaim qui stocke trop de sirop manque de place pour la ponte.
Combien de temps faut-il pour qu’un essaim artificiel devienne fort ?
Avec une reine fécondée et de bonnes conditions, comptez un mois à un mois et demi pour une ruchette bien peuplée. Avec du couvain ouvert ou une cellule royale, il faut ajouter le temps de naissance, de fécondation et de début de ponte de la nouvelle reine.
Quelle que soit la méthode retenue, la qualité de la souche de départ conditionne le résultat final : c’est ce qui justifie le travail derrière notre sélection de reines Buckfast.