Reines Buckfast expédiées le mardi en Colissimo · Essaims en retrait à Saint-Aubin-sur-Gaillon

Nourrir un essaim : sirop, candi, quand et combien ?

Nourrir un essaim : sirop, candi, quand et combien ?

Un essaim qui vient d’être installé doit tout construire : de la cire, du couvain, des réserves. S’il manque de nourriture à ce moment-là, il stagne, voire meurt de faim en quelques jours de pluie. Bien nourri, il double de taille en quelques semaines. Voici quoi lui donner, quand et combien, et comment nous faisons dans nos ruchers de Normandie.

Les trois aliments à connaître

Aliment Recette Effet Quand
Sirop léger (1:1) 1 kg de sucre pour 1 L d’eau Imite une miellée, stimule la ponte et la construction Printemps, été, installation d’un essaim
Sirop épais (2:1) 2 kg de sucre pour 1 L d’eau Stocké rapidement en réserves Septembre-octobre, pour l’hivernage
Candi Pâte de sucre prête à l’emploi Nourriture de secours, sans humidité Hiver en secours, petites colonies, transport

On trouve aussi des sirops prêts à l’emploi, spécialement formulés pour les abeilles. Ne donnez jamais de miel d’origine inconnue : il peut transmettre des maladies comme la loque américaine (voir santé des abeilles).

Sirop ou candi : que donner selon la situation ?

Essaim tout juste installé, temps doux Sirop léger en petites quantités, pour lancer la construction des cadres
Essaim installé par temps froid ou pluvieux Candi : il ne refroidit pas la grappe et ne demande pas d’évaporation
Trou de miellée entre printemps et été Sirop léger régulier, jamais avec une hausse posée : une colonie forte peut s’effondrer très vite si elle n’a plus rien à manger
Réserves d’automne Sirop épais, jusqu’à trois apports en septembre-octobre, au cas par cas
Hiver, ruche légère Candi posé au-dessus de la grappe, en secours seulement
Nucléis, Apidea, très petite colonie Candi : pratique, pas de noyade, peu d’odeur

Le sirop agit vite et stimule ; le candi agit lentement et sécurise. N’utilisez que du sucre blanc ou des produits pour abeilles : sucre roux, cassonade ou sucre complet contiennent des substances que les abeilles digèrent mal.

Quand nourrir un essaim ?

  • À l’installation, surtout si la météo est instable ou que les fleurs manquent. C’est le cas d’un essaim artificiel tout juste constitué.
  • Pendant un trou de miellée : entre les floraisons de printemps et celles de l’été, ou en juillet-août selon les secteurs, les ressources peuvent disparaître d’un coup.
  • En septembre-octobre, pour qu’il ait assez de réserves pour l’hiver.
  • En hiver, uniquement en secours, avec du candi, si la ruche est légère au soupesage.

Les dates de chaque saison sont résumées dans notre calendrier apicole mois par mois.

Combien donner ?

Pour stimuler un essaim au printemps ou en été, on donne de petites quantités régulières de sirop léger, plutôt qu’un gros apport d’un coup, et on adapte selon la météo et les floraisons du moment.

Pour l’hivernage, on complète les réserves au sirop épais : une colonie en ruche Dadant a besoin d’environ 15 à 20 kg de réserves pour passer l’hiver en climat océanique. Le nourrissement se décide colonie par colonie : jusqu’à trois apports en septembre-octobre, tant qu’il fait assez doux pour que les abeilles transforment et operculent le sirop.

Stimulation ou réserve : deux logiques différentes

Le nourrissement de stimulation imite une petite miellée : un apport modeste, renouvelé tous les deux ou trois jours, qui encourage la reine à pondre et les cirières à bâtir. Il n’a de sens que si l’essaim a de la place pour pondre et du pollen pour nourrir les larves : sans pollen, le sirop ne fait pas de couvain. Surveillez les pelotes de pollen à l’entrée ; voyez pourquoi les premiers pollens comptent tant dans notre article sur le pollen de noisetier.

Le nourrissement de réserve vise l’inverse : remplir les cadres de rive et le haut des cadres avant l’hiver, sans relancer une grosse ponte. On donne donc de grosses quantités de sirop épais en peu de temps. Une erreur classique consiste à nourrir en septembre par petites doses de sirop léger : la colonie en consomme une partie pour élever du couvain au lieu de la stocker.

Notre pratique dans nos ruchers de Normandie

Les conseils ci-dessus sont valables partout. Voici comment nous les appliquons, concrètement, sur nos colonies de production et d’élevage dans l’Eure.

L’automne : au cas par cas, puis on contrôle

Le nourrissement de septembre se fait vraiment au cas par cas : chaque colonie est différente. Selon ses réserves, on lui donne jusqu’à trois apports de sirop entre septembre et octobre. On contrôle ensuite les réserves jusqu’à la mi-octobre, et on complète celles qui sont encore justes. C’est ce travail d’automne qui décide de la sortie d’hiver.

La règle du changement d’heure

C’est une règle simple que je respecte chaque année : au passage à l’heure d’hiver, fin octobre, on arrête le sirop. Les abeilles n’ont plus le temps ni la chaleur pour l’évaporer et l’operculer. Si une colonie a besoin d’un complément après cette date, ce sera du candi, jusqu’au passage à l’heure d’été, fin mars.

Le candi : une assurance, pas une habitude

Le candi, il faut l’éviter le plus possible. Quand on démarre en apiculture, c’est une bonne assurance pour l’hiver. Mais si le nourrissement de septembre-octobre a été bien fait, une colonie n’a normalement pas besoin de candi, sauf vraie catastrophe. Nous l’utilisons surtout là où il est le plus pratique : dans les Apidea et les toutes petites colonies.

Le trou de miellée : toujours délicat

En Normandie, le trou de miellée entre le printemps et l’été n’arrive pas tous les ans, mais c’est toujours un moment délicat. Et ce sont généralement les plus belles colonies qui sont touchées. Une année, nous avons vu nos plus belles colonies s’effondrer parce qu’il n’y avait tout simplement plus rien à manger dehors. En discutant avec les autres apiculteurs professionnels de la région, nous étions tous dans le même cas : c’était généralisé, lié à la météo et au manque de ressources à ce moment-là.

Attention : soupeser la ruche ne suffit pas, c’est même trompeur. Il faut ouvrir et vérifier les réserves sur les cadres. Et une règle absolue : on ne nourrit jamais quand une hausse est posée sur le corps de ruche, sinon le sirop se retrouve dans le miel.

En élevage : on ne prend pas de risque

Pour tout ce qui touche à l’élevage, les colonies éleveuses et les nucléis de fécondation ne doivent jamais manquer de nourriture. Ce sont de petites colonies, de jeunes colonies, qui ont besoin d’un apport régulier. On pourrait parfois s’en passer, et il m’arrive de ne pas le faire, mais c’est toujours prendre un risque, et il faut en être conscient : une éleveuse mal nourrie n’élève pas, et un nucléi affamé, c’est un impact direct sur la jeune reine, jusqu’à la disparition de la colonie.

Avec quoi nourrir ?

  • Le nourrisseur couvre-cadres : posé sur le corps, sous le toit, il contient plusieurs litres et se remplit sans ouvrir la ruche.
  • Le nourrisseur cadre : remplace un cadre dans le corps. Pratique dans une ruchette.
  • Le pot retourné au couvercle percé, posé sur le trou du couvre-cadres : simple pour les petites quantités.

Quel nourrisseur pour un essaim ?

Nourrisseur Atout Limite
Couvre-cadres Grande contenance, remplissage sans déranger les abeilles Trop grand pour un petit essaim : le sirop peut fermenter s’il n’est pas consommé
Cadre nourrisseur Au plus près de la grappe, idéal en ruchette Prend la place d’un cadre ; noyades sans flotteur
Bocal retourné Simple, économique, petites doses faciles à donner Faible contenance ; peut couler s’il est mal posé

Dans tous les cas, on nourrit à l’intérieur de la ruche. Un bac de sirop posé au milieu du rucher profite surtout aux colonies fortes, déclenche le pillage et favorise la circulation des maladies.

Éviter le pillage

Un essaim est une petite colonie, facile à piller par ses voisines attirées par l’odeur du sirop. Trois règles :

  1. Nourrir le soir, quand les butineuses sont rentrées.
  2. Réduire l’entrée de l’essaim à quelques centimètres.
  3. Ne jamais renverser de sirop au rucher, ni laisser traîner de cadres de miel.

Un essaim qui reste trop faible à l’automne malgré le nourrissement gagne à être réuni à une autre colonie.

Quand arrêter de nourrir ?

  • Dès qu’une vraie miellée démarre : les butineuses rentrent en nombre et du nectar frais brille dans les cellules.
  • Quand le sirop n’est plus pris : un nourrisseur qui reste plein plusieurs jours signale que l’essaim trouve mieux dehors.
  • Quand le nid se remplit de sirop : si la reine ne trouve plus de cellules libres pour pondre, on arrête aussitôt.
  • Avant de poser une hausse : on ne nourrit jamais une colonie qui porte une hausse, sinon le sirop se retrouve dans le miel.
  • À l’automne, quand le poids d’hivernage est atteint, et au plus tard au passage à l’heure d’hiver.

Nos essaims de l’année sont retirés début juillet, souvent juste avant le creux de l’été : prévoyez de quoi les nourrir dès l’installation si les floraisons manquent dans votre secteur.

Questions fréquentes

Faut-il nourrir un essaim en pleine miellée ?

Non, si les apports sont abondants : il pourrait remplir le nid de sirop au détriment de la ponte. Surveillez simplement qu’il a de la place.

Peut-on donner du sirop en hiver ?

Non : par temps froid, les abeilles ne peuvent pas l’évaporer et l’humidité nuit à la colonie. Nous arrêtons le sirop au passage à l’heure d’hiver ; ensuite, seulement du candi en cas de besoin.

Quand arrêter le nourrissement d’automne ?

Quand la ruche a atteint son poids d’hivernage. Nous décidons colonie par colonie, avec jusqu’à trois apports en septembre-octobre, un contrôle jusqu’à la mi-octobre, et plus aucun sirop après le changement d’heure, fin octobre.

Faut-il mettre du candi dans toutes les ruches en hiver ?

Non. Si le nourrissement d’automne a été bien fait, une colonie n’en a normalement pas besoin. Le candi reste une assurance, utile quand on débute ou pour les très petites colonies.

Le guide complet : essaims et colonies. Pour démarrer avec une colonie déjà constituée, voyez nos essaims Buckfast sur 5 cadres Dadant.