Traiter le varroa : quand et comment, saison par saison

Pour traiter le varroa efficacement, il faut viser deux moments : un traitement d'été, juste après la dernière récolte, pour protéger les abeilles d'hiver qui naissent à la fin de l'été, et un traitement d'hiver, quand la colonie n'a plus de couvain et que les acariens n'ont nulle part où se cacher. Entre les deux, on compte, on observe et on complète si besoin.
Ce n'est pas une affaire de produit miracle. C'est une question de calendrier, de rigueur et de contrôle. Voici comment nous raisonnons, saison par saison, sur nos ruchers dans l'Eure.
Pourquoi le moment du traitement compte plus que le produit
Le varroa se reproduit dans le couvain operculé. Plus la colonie élève de couvain, plus la population d'acariens grimpe. En fin d'été, la courbe du varroa atteint son maximum au moment précis où la colonie diminue son couvain. Résultat : la pression sur chaque larve augmente fortement.
Or c'est justement à ce moment que naissent les abeilles d'hiver. Ces abeilles doivent vivre plusieurs mois pour emmener la colonie jusqu'au printemps. Une abeille parasitée pendant son développement naît plus faible, avec une durée de vie raccourcie et souvent porteuse de virus. Si on traite trop tard, on traite une colonie dont la génération d'hiver est déjà abîmée. Pour comprendre la biologie de l'acarien, relisez notre article sur le varroa, ennemi n°1 des abeilles.
Les deux traitements de l'année
- Fin juillet – août :Traitement d'été dès la dernière hausse retirée, pour faire chuter la charge avant la naissance des abeilles d'hiver.
- Septembre – octobre : Contrôle de l'efficacité par comptage, et traitement complémentaire si la chute reste forte.
- Décembre – janvier : Traitement d'hiver hors couvain, pour éliminer les varroas restants avant la reprise de ponte.
Le traitement d'été : après la dernière récolte
Il se pose dès que les hausses sont retirées. Aucun médicament ne doit être appliqué avec des hausses en place destinées à la consommation. Dans l'Eure, la dernière récolte a souvent lieu mi-juillet. Le traitement suit immédiatement. Attendre septembre pour « profiter » d'une miellée tardive coûte souvent plus cher en colonies perdues qu'il ne rapporte en miel.
Ce traitement doit durer assez longtemps pour couvrir plusieurs cycles de couvain, puisque les varroas enfermés sous les opercules échappent à la plupart des produits. C'est pour cela que les traitements d'été à action lente restent en place plusieurs semaines : la durée exacte est indiquée sur la notice et doit être respectée.
Le traitement d'hiver : quand il n'y a plus de couvain
En hiver, la reine arrête ou réduit fortement sa ponte. Sans couvain operculé, tous les varroas se trouvent sur les abeilles adultes. Un traitement à ce moment touche donc la quasi-totalité des acariens. C'est le traitement de « nettoyage » qui permet de repartir au printemps avec une charge très basse.
La difficulté est de trouver la vraie période sans couvain. Elle varie selon les années, la météo et la souche. Un hiver doux peut laisser un peu de couvain en continu. Une visite rapide par temps calme, ou l'observation des opercules tombés sur le lange, aide à confirmer.
Les familles de médicaments autorisés
En France, seuls les médicaments vétérinaires disposant d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) peuvent être utilisés contre le varroa. Les préparations maison ou détournées sont à proscrire : elles sont mal dosées, parfois toxiques pour les abeilles, et laissent des résidus dans la cire et le miel. Voici les grandes familles, sans entrer dans les doses, qui relèvent strictement de la notice.
| Acide oxalique | Acide organique. Agit sur les varroas portés par les abeilles adultes. Particulièrement adapté au traitement d'hiver hors couvain ou après un arrêt de ponte. |
|---|---|
| Acide formique | Acide organique. Une partie de son action atteint le couvain operculé. Efficacité très dépendante de la température extérieure. |
| Thymol | Huile essentielle. Utilisé surtout en été. Demande des températures adaptées et peut perturber temporairement la ponte. |
| Amitraze | Molécule de synthèse en lanières, à action prolongée. Souvent utilisé en traitement d'été, il impose une rotation pour limiter les résistances. |
Pour le choix du produit, la durée d'application et les conditions d'emploi, référez-vous à la notice, à votre GDS ou à la section apicole de votre département, au technicien sanitaire apicole (TSA) ou à votre vétérinaire. Le programme sanitaire d'élevage (PSE) proposé par de nombreux GDS est un bon cadre de travail. Notez aussi chaque traitement dans votre registre d'élevage : c'est obligatoire.
Alterner les molécules
Utiliser toujours la même molécule de synthèse, année après année, finit par sélectionner des varroas résistants. On l'a vu avec certaines anciennes familles de produits, devenues peu efficaces dans beaucoup de régions. La règle est simple : alterner les familles d'une année sur l'autre, et combiner un produit de synthèse en été avec un acide organique en hiver. Les acides organiques ne provoquent pas de résistance connue à ce jour, ce qui en fait de bons partenaires de rotation.
Biotechnique
Les gestes qui complètent les traitements
La lutte biotechnique ne remplace pas les traitements, mais elle fait baisser la pression et rend les médicaments plus efficaces. Elle demande surtout du temps et de la régularité.
- Retrait du couvain mâle. Le varroa préfère nettement les cellules de mâles. Un cadre à mâles placé au printemps, puis retiré une fois operculé, emporte une bonne partie des acariens.
- Encagement de la reine. On bloque la reine en cage pendant le temps nécessaire pour que tout le couvain éclose. La colonie se retrouve sans couvain : un traitement à l'acide oxalique devient alors très efficace, même en plein été.
- Arrêt de ponte par division. Créer un essaim artificiel ou une colonie orpheline produit le même effet de rupture de couvain. C'est une piste intéressante si vous faites déjà des divisions, comme expliqué dans notre article sur la création d'un essaim artificiel.
- Traitement simultané. Toutes les colonies d'un même rucher doivent être traitées en même temps, sinon les ruches traitées se réinfestent par la dérive et le pillage.
Vérifier l'efficacité : compter, toujours compter
Un traitement posé n'est pas un traitement réussi. La température, la force de la colonie, une mauvaise position des lanières ou une réinfestation venue d'un rucher voisin peuvent tout compromettre. Il faut donc mesurer.
Deux moyens simples : compter la chute naturelle sur un lange graissé glissé sous le plancher grillagé, ou estimer le taux d'infestation des abeilles adultes par un test au sucre glace. Faites un comptage avant le traitement d'été, un autre après la fin du traitement, puis un dernier en automne. Si la chute reste élevée après traitement, parlez-en à votre GDS avant de retraiter : un second produit mal choisi peut aggraver les choses.
Une colonie jeune et hygiénique résiste mieux
Le traitement fait le gros du travail, mais la colonie a aussi son rôle. Une reine jeune pond régulièrement, maintient une population forte et se remet mieux d'un traitement. Les ouvrières issues de lignées sélectionnées pour leur comportement hygiénique repèrent et nettoient une partie du couvain parasité. Ce n'est pas une immunité, mais c'est un vrai coup de pouce dans un plan de lutte. Pour en savoir plus sur nos critères, voyez notre page sur l'élevage de reines Buckfast, et pour caler toutes vos interventions, notre calendrier apicole.
Questions fréquentes
Peut-on traiter le varroa avec les hausses en place ?
Non. Les médicaments contre le varroa se posent hors période de récolte, hausses retirées. C'est la règle pour éviter tout résidu dans le miel destiné à la consommation.
Un seul traitement par an suffit-il ?
Rarement. Le traitement d'été protège les abeilles d'hiver, le traitement d'hiver élimine les varroas restants. Avec un seul passage, la population d'acariens repart souvent trop vite au printemps suivant.
Quel traitement choisir pour débuter ?
Le plus simple est de suivre le programme proposé par votre GDS ou votre section apicole. Ils connaissent les produits disponibles, les résistances locales et les conditions de votre secteur.
Faut-il traiter un essaim de l'année ?
Oui. Un essaim peut porter des varroas dès son installation. Comptez la chute naturelle et intégrez-le au plan de traitement du rucher, en suivant les conditions d'emploi de la notice.
Le guide complet : Santé de l'abeille.
Pour renouveler vos colonies avec des reines jeunes issues de lignées sélectionnées sur le comportement hygiénique, découvrez notre reine Buckfast fécondée.