Ruche starter-finisseur : monter et conduire sa colonie éleveuse

Il n'existe pas une bonne colonie éleveuse, il en existe plusieurs : la bonne est celle que vous pouvez conduire correctement toute la saison. Orpheline ou avec reine, verticale ou horizontale, en ruche ou en ruchette : toutes ces méthodes donnent de belles cellules royales quand elles sont bien menées.
Ce qui fait la différence, ce n'est pas le modèle de caisse. C'est la densité de jeunes nourrices, la nourriture et la régularité de l'apiculteur. Dans cet article, je vous présente les principales façons de faire, celle que j'utilise au quotidien, et comment choisir selon votre rucher, votre temps et votre vie de famille.
Starter, finisseur, starter-finisseur : de quoi parle-t-on ?
Ces trois mots désignent des rôles, pas des modèles de ruche. Une même colonie peut tenir un rôle ou les deux.
- Le starter accepte les larves greffées et lance les cellules. C'est l'étape des 24 premières heures, celle qui décide du taux d'acceptation.
- Le finisseur nourrit les larves acceptées jusqu'à l'operculation, puis garde les cellules au chaud jusqu'à leur récolte, vers J+10.
- Le starter-finisseur fait les deux dans la même colonie : on greffe, on introduit le cadre, et on ne le déplace plus jusqu'à la récolte.
Deuxième distinction, indépendante de la première : la colonie peut être orpheline (aucune reine dans la caisse) ou avec reine (la reine reste dans la colonie, isolée de la zone d'élevage par une grille à reine). Les deux fonctionnent. Ce qui compte, c'est que les abeilles de la zone d'élevage ressentent l'absence de reine assez fort pour élever vos larves.
Les quatre règles communes à toutes les méthodes
Quelle que soit la caisse, une éleveuse réussit si ces quatre conditions sont réunies.
- Beaucoup de jeunes nourrices. Ce sont elles qui produisent la gelée royale. Une colonie pleine de vieilles butineuses n'élève pas, même très peuplée.
- De la nourriture en continu. Sirop léger et pollen frais ou en réserve, du début à la fin de la série. Une éleveuse mal nourrie n'élève pas : un seul trou de quelques jours suffit à donner des cellules maigres.
- Aucune cellule royale sauvage dans la zone d'élevage. Chaque cellule naturelle oubliée concurrence vos greffes. On les cherche et on les détruit à chaque passage.
- Des larves très jeunes, greffées vite. Une larve trop âgée ou desséchée par un greffage trop lent est refusée ou donne une reine médiocre, quelle que soit la qualité de l'éleveuse. Voyez notre article sur le greffage au picking chinois.
Le reste, c'est de l'organisation.
Méthode 1 : la ruchette orpheline conduite toute la saison
C'est la méthode que j'utilise. Une ruchette orpheline sert de starter-finisseur du début à la fin de la saison d'élevage, et je lui apporte un cadre de couvain chaque semaine pour garder un grand nombre de jeunes abeilles.

Mise en route
- Peupler une ruchette avec beaucoup de jeunes abeilles, secouées sur des cadres de couvain ouvert de colonies fortes, sans la reine.
- Y placer des cadres de pollen et de miel, et laisser la place du cadre d'élevage au centre, entouré de couvain.
- Nourrir au sirop léger dès le premier jour.
- Introduire le premier cadre greffé quand les abeilles ressentent l'orphelinage, après quelques heures.
Conduite chaque semaine
- Apporter un cadre de couvain pris sur une colonie forte, en retirant un cadre vide ou vieilli. Le couvain qui naît remplace les nourrices qui vieillissent.
- Détruire toutes les cellules royales sauvages construites sur le couvain apporté. C'est le point qui demande le plus de rigueur.
- Contrôler les réserves : sirop et pollen ne doivent jamais manquer.
- Récolter les cellules mûres et introduire le greffage suivant.
Pourquoi elle tient toute la saison. On lit souvent qu'une éleveuse orpheline ne sert qu'une ou deux séries. C'est vrai si on la laisse vieillir sans rien lui apporter : elle s'épuise, et des ouvrières pondeuses peuvent apparaître. Avec un cadre de couvain par semaine, la population se renouvelle en continu et l'éleveuse reste au même niveau de série en série.
Ses points forts : pas de reine à chercher, pas de grille à surveiller, un cadre d'élevage qui ne bouge pas. Sa contrainte : il faut des colonies donneuses de couvain et un passage chaque semaine, sans exception.
Méthode 2 : le starter-finisseur vertical avec reine
Une colonie très populeuse, avec une jeune reine, sur deux corps superposés séparés par une grille à reine. La reine pond en bas ; le cadre d'élevage est en haut, dans la partie qui fonctionne comme orpheline. Bien conduite, cette éleveuse donne d'excellents résultats, souvent meilleurs qu'une orpheline, parce que la colonie reste complète et produit elle-même ses nourrices.
Le principe de la rotation
À chaque récolte de cellules, on fait tourner les cadres entre le bas et le haut :
- on cherche la reine et on la met à l'abri en pince ou en cage le temps du travail ;
- on monte deux beaux cadres de couvain du bas vers le haut, pour attirer les nourrices autour du cadre d'élevage ;
- on redescend en échange des cadres de couvain éclos, pour que la reine ait de la place pour pondre ;
- on contrôle chaque cadre du haut : aucune cellule royale naturelle ne doit y rester.
Ses points forts : une fois lancée, elle n'a besoin ni de couvain ni d'abeilles venues d'autres colonies, et la chaleur du corps du bas profite à l'élevage. Ses contraintes : il faut trouver la reine à chaque rotation, dépiler deux corps chargés, et ne jamais laisser la reine passer en haut, où elle détruirait les cellules.
L'ANERCEA décrit un montage de ce type en deux ruchettes Dadant 6 cadres, avec relève des cellules tous les six jours : starter-finisseur vertical.
Méthode 3 : le starter-finisseur horizontal avec reine
Même principe que la verticale, mais les deux compartiments sont côte à côte, dans une ruche longue ou une ruche large, séparés par une partition munie d'une grille à reine. Un côté avec la reine, un côté orphelin pour l'élevage.
Son gros avantage : on travaille à plat, sans soulever de corps. La rotation des cadres d'un compartiment à l'autre est plus simple et moins physique. On peut aussi y faire un élevage en continu, avec un greffage par semaine et deux cadres d'élevage d'âges différents qui cohabitent quelques jours.
Sa limite : la chaleur et les nourrices se répartissent moins naturellement qu'en vertical. Certains apiculteurs obtiennent de meilleurs résultats en vertical, d'autres en horizontal ; c'est souvent une question de souche, de matériel et d'habitude.
Une variante pratique consiste à fermer la partition par une plaque pleine quelques heures avant le greffage, pour créer un vrai starter, puis à la remplacer par la grille le lendemain pour finir les cellules.
L'ANERCEA détaille le calendrier d'un élevage horizontal en continu : starter-finisseur horizontal.
Méthode 4 : starter séparé puis finisseur, et le plateau Cloake
Le starter fermé puis le finisseur. C'est la méthode classique en deux temps. On secoue beaucoup de jeunes abeilles dans une caisse aérée, fermée, sans reine, avec des cadres de pollen et de miel. On y introduit le cadre greffé pour 24 heures environ. Le lendemain, on transfère le cadre dans un finisseur avec reine sous grille, et on rend les abeilles du starter à une colonie. Elle donne une très bonne acceptation, mais c'est la plus exigeante en manipulations : il faut reconstituer un starter à chaque série.
Le plateau Cloake. C'est une façon de faire starter et finisseur dans la même ruche, sans déplacer le cadre. On glisse entre les deux corps un plateau muni d'une grille et d'un tiroir amovible :
- Tiroir fermé, le corps du haut est coupé de la reine : il devient un starter orphelin, avec sa propre entrée.
- On y introduit le cadre greffé.
- Le lendemain, on retire le tiroir. La colonie est réunie, la grille garde la reine en bas, et le haut finit les cellules.
Le Cloake conserve une forte densité de nourrices autour des cellules. Il demande une colonie très forte et un peu de matériel spécifique.
Petites séries : même en Mini-Plus
Pas besoin d'une grosse ruche pour élever quelques reines. Une ruchette, et même une Mini-Plus bien peuplée, peut élever une petite barrette de cellules si elle respecte les quatre règles : jeunes abeilles, nourriture, aucune cellule sauvage, larves très jeunes.
La règle d'or est de proportionner le nombre de larves à la population. Une petite colonie élève bien quelques cellules ; elle en élève mal beaucoup. Mieux vaut huit belles cellules que vingt cellules maigres, qui donneront des reines plus petites et vite remplacées.
La souche de l'éleveuse compte aussi
Toutes les colonies ne sont pas d'aussi bonnes éleveuses. Certaines lignées, sélectionnées par les producteurs de gelée royale, acceptent et nourrissent les larves greffées de façon remarquable. Dans mon expérience, une éleveuse menée par une reine de ce type, dans une colonie avec reine bien conduite, approche les 90 % d'acceptation.
Un point souvent mal compris : la génétique de l'éleveuse ne passe pas dans vos reines. Les larves greffées viennent de votre souche mère ; l'éleveuse ne fait que les nourrir. Vous pouvez donc choisir la meilleure colonie éleveuse possible sans toucher à votre programme de sélection.
Comment choisir la vôtre
Toutes ces méthodes donnent de belles cellules quand elles sont bien conduites. Le bon choix dépend surtout de ce que vous pouvez tenir dans la durée.
| Méthode | Ce qu'elle demande à côté | Travail à chaque série | Point de vigilance | Pour qui |
|---|---|---|---|---|
| Ruchette orpheline toute la saison | Des colonies donneuses de couvain | Un cadre de couvain par semaine, contrôle des cellules sauvages | Ne jamais sauter une semaine | Élevage régulier, sans recherche de reine |
| Vertical avec reine | Une colonie très forte au départ, puis rien | Rotation des cadres, recherche de la reine | Dépiler deux corps chargés | Résultats réguliers, peu de colonies à ponctionner |
| Horizontal avec reine | Une ruche longue ou large | Rotation des cadres à plat | Bien répartir couvain et nourrices | Travail moins physique |
| Starter fermé puis finisseur | Un starter à reconstituer à chaque série | Le plus de manipulations | Le transfert du cadre à J+1 | Séries ponctuelles, très bonne acceptation |
| Plateau Cloake | Un plateau à tiroir | Ouvrir puis retirer le tiroir | Une colonie très forte | Starter et finisseur sans déplacer le cadre |
Avant de choisir, posez-vous trois questions :
- Votre rucher : l'éleveuse est-elle près de chez vous ? Une méthode qui demande un passage chaque semaine s'accommode mal d'un rucher éloigné.
- Votre travail : pouvez-vous soulever des corps chargés, chercher une reine à chaque série ? Sinon, privilégiez l'orpheline ou l'horizontale.
- Votre vie de famille : quels jours êtes-vous vraiment disponible ? Calez le greffage et la récolte sur un rythme fixe que vous tiendrez toute la saison.
Une méthode simple, conduite chaque semaine sans faute, donnera toujours plus qu'une méthode parfaite sur le papier que vous ne pourrez pas suivre.
Contrôler l'acceptation et éviter les erreurs
Le lendemain du greffage, sortez le cadre d'élevage, brossez doucement les abeilles sans secouer, et regardez chaque cupule à contre-jour.
- Acceptée : la larve flotte sur un lit de gelée royale bien blanche et le bord de la cupule est déjà prolongé de cire neuve.
- Refusée : la cupule est sèche ou vide, ou la larve est là sans gelée.
Si l'acceptation chute d'une série à l'autre, cherchez dans cet ordre :
- Les larves : trop âgées, ou desséchées par un greffage trop lent.
- Les nourrices : population vieillie, couvain pas renouvelé, colonie trop faible pour le nombre de larves.
- La nourriture : sirop interrompu, pollen qui manque, période sans miellée.
- Les cellules sauvages oubliées dans la zone d'élevage.
- La reine passée au-dessus de la grille, dans les méthodes avec reine.
Ensuite, n'oubliez pas les cellules operculées : de J+6 à J+9, on ne les secoue pas et on ne les manipule pas. À J+10, elles partent dans les nucléis de fécondation (voyez introduire une cellule royale).
Questions fréquentes
Une éleveuse orpheline peut-elle servir toute la saison ?
Oui, si on lui apporte un cadre de couvain chaque semaine. Sans renouvellement, elle vieillit et s'épuise en une ou deux séries.
Avec reine ou orpheline : laquelle donne les meilleures reines ?
Les deux donnent d'excellentes cellules. Une colonie avec reine bien conduite donne souvent des résultats plus réguliers ; l'orpheline est plus simple au quotidien. Choisissez celle que vous tiendrez sans faute.
Faut-il nourrir pendant une miellée ?
Un apport léger reste utile : il évite que l'élevage s'arrête si la météo coupe la miellée quelques jours.
Combien de larves greffer ?
Autant que la colonie peut en nourrir correctement, pas plus. En petite colonie ou en Mini-Plus, une petite barrette suffit.
La colonie éleveuse influence-t-elle la génétique de mes reines ?
Non. Les reines héritent de la souche dont viennent les larves. L'éleveuse ne fait que les nourrir.
Pour le déroulé complet, voyez le calendrier d'élevage jour par jour et notre guide élever des reines. Pour greffer à partir d'une souche au pedigree connu, voyez notre reine inséminée.