Introduire et Renouveler ses Reines en Apiculture
Sommaire
En tant qu’éleveur, je pratique le renouvellement de reine et donc l’introduction d’une reine fécondée, plusieurs dizaines de fois par saison. Pas seulement en cas de perte, mais pour garder mes colonies homogènes, calées sur les floraisons et agréables à manipuler. Une reine de plus de deux ans montre presque toujours des signes de fatigue : ponte qui s’étale et ralentit en fin de miellée, essaimage plus difficile à anticiper, abeilles un peu plus nerveuses. Pour moi, le remérage est un geste de conduite normale, pas une urgence.
Je travaille beaucoup avec des reines Buckfast (ou hybrides issus de mes propres sélections), car elles repartent rapidement, restent calmes même sous pression et s’adaptent bien à mes conditions locales variables. Voici exactement comment je procède pour l’introduction d’une reine fécondée, ce que j’observe après des centaines d’introductions, les causes réelles des 5–10 % d’échecs que j’ai encore, et mes ajustements terrain au fil des années.
Quand je décide de remérer (et quand je reporte systématiquement)
Le timing représente la moitié de la réussite. Mes fenêtres prioritaires sont :
- fin-Avril : sur les ruches qui sortent d’hiver déséquilibrées ou lentes. Une jeune reine synchronise vite le couvain avec le colza et les fruitiers.
- Juin–juillet : après division, essaimage naturel ou sur colonie irrégulière. C’est ma période la plus active pour les introductions.
- début Séptembre : pour sécuriser l’hivernage ou le renouvellement. Une reine née en juin–juillet aura pondu un bon cycle avant l’automne ; elle hiverne mieux et redémarre fort au printemps.
Je reporte sans hésiter si :
- Disette même légère → les abeilles deviennent agressives envers l’intruse.
- Météo instable (<15 °C + pluie plusieurs jours) → elles nourrissent mal au candi.
- Miellée très forte en cours → excitation maximale, refus plus fréquent.
- Colonie faible (peu de couvain, abeilles âgées majoritaires) → pas assez de nourrices jeunes pour l’accepter.
En pratique, ma meilleure période reste le mois de septembre, et de loin. Les colonies sont encore bien pourvues en réserves, la pression d’essaimage est terminée, et les abeilles d’hiver commencent à se mettre en place. Dans ces conditions, l’acceptation est souvent excellente, proche de 100 % lorsque la colonie est saine et correctement préparée. Il faut simplement rester vigilant sur la météo et éviter toute introduction lors d’un refroidissement brutal ou d’une période durablement humide.
Ma méthode d’introduction en cagette, étape par étape
Je reste fidèle à la cagette classique nicot avec candi – simple, fiable, et ce qui donne les meilleurs résultats chez moi pour les reines fécondées.
- Orpheliner proprement Je retire la vieille reine en début de visite (très peu de fumée). Je note l’heure. J’attends 24 à 48 h minimum avant d’introduire. En dessous de 24 h, le taux de refus monte à 30–40 % chez moi. Les phéromones de l’ancienne persistent trop longtemps.
- Zéro cellule royale Je passe cadre par cadre : toute cellule amorcée ou fermée, je la détruis. Sans exception. Si j’en rate une, huit fois sur dix elles élèvent leur propre reine et ignorent celle que j’ai posée.
- Pose de la cagette Je place la cagette entre deux cadres de couvain ouvert, au cœur du nid . Je pousse légèrement pour qu’elle soit bien entourée. Mon test systématique : je pose la cagette 5 minutes sur le dessus de la ruche avant de refermer – si les abeilles s’agglutinent calmement autour, c’est bon signe ; si agitation, je reporte.
- Silence radio 7 jours minimum Je ne touche plus rien pendant au moins 5 jours. Ouvrir à J+3 ou J+4 fait chuter l’acceptation d’environ 20 % dans mes propres essais – perturbation directe de la diffusion des phéromones.
- Contrôle à J+10 / J+12 D’abord le comportement global : ruche calme, pas d’abeilles qui grattent agressivement la cagette. Ensuite, je cherche des œufs frais : ponte en spirale régulière sur 2–3 cadres = réussite. Si pas libérée ou pas d’œufs : famine cachée, reine abîmée pendant le transport, ou colonie trop faible au départ.
Ce que des années de terrain m’ont appris
- Taux réel d’acceptation : 85–90 % quand je respecte scrupuleusement les 24h, le zéro cellule et une météo correcte. Pas plus. Le 100 % est un mythe marketing ; les 10–15 % d’échecs viennent souvent d’une petite carence que je n’ai pas détectée, d’un transport stressant ou d’une colonie légèrement agressive au départ.
- Erreur la plus fréquente que je vois chez les apiculteurs que je conseille : introduire trop tôt après l’orphelinage ou louper une cellule royale. Conséquence classique : orphelinage prolongé de 3 semaines.
- Spécificité Buckfast : Dans une colonie nerveuse (souvent issue d’abeilles locales plus noires), l’acceptation est un peu plus lente les premiers jours. Un très léger puff de fumée pour calmer aide, mais sans excès (ça masque les odeurs). Une fois acceptée, elle adoucit rapidement le tempérament global.
- Meilleure période observée : début septembre, Colonies gorgées de miel, abeilles d’hiver nombreuses – refus très rares quand le timing est respecté.
En résumé
Le remérage avec une reine fécondée Buckfast reste pour moi l’outil le plus efficace pour stabiliser les colonies, corriger les dérives (essaimage, agressivité, irrégularité de ponte) et anticiper sereinement les saisons suivantes. Respecte le timing, l’orphelinage de 24–48 h, le zéro cellule royale et la tranquillité de 7 jours : l’introduction devient une opération routine à haut taux de succès.
Applique cette méthode telle quelle et les pertes devraient rester très limitées. Si malgré tout ça rate, dis-moi en commentaire ce qui s’est passé, on regarde ensemble où ça a coincé.
C’est avec ces mêmes reines que je conduis mon propre cheptel.
Elles sont proposées en saison pour ceux qui souhaitent s’appuyer sur cette sélection :
Bonne saison et bon remérage